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1994 Le génocide des Tutsi au Rwanda

Au Rwanda, en 1994, plus de cinq cent mille Tutsis et opposants hutus sont massacrés en quelques semaines à la machette et au fusil par le pouvoir hutu. La responsabilité belge est engagée dans le premier génocide reconnu par l’ONU.

Après la Première Guerre mondiale, le Traité de Versailles octroie les anciennes colonies allemandes du Ruanda-Urundi à la Belgique sous la forme d’un protectorat. Ces territoires deviennent une terre privilégiée des missions catholiques. La Belgique s’appuie sur les autorités traditionnelles et sur le groupe des Tutsis, éleveurs de vaches, représentant environ 15 % de la population. La majorité (85 %) est hutue et pratique l’agriculture. Au départ, il s’agit davantage d’un système social, de groupes hiérarchisés, de castes plutôt que d’ethnies. Hutus et Tutsis partagent la même langue et les mêmes traditions. Fait singulier en Afrique, le Rwanda constitue une ébauche de nation.

La colonisation allemande, puis belge, renforce l’appartenance à un groupe ethnique qui est finalement intériorisée et perçue comme telle. En 1959, la Belgique effectue une volte-face et soutient les Hutus au nom du principe majoritaire. L’indépendance en 1962, qui s’effectue en même temps qu’au Burundi, s’accompagne des premiers massacres de Tutsis, de leur marginalisation politique et de l’exil de nombre d’entre eux. Que ce soit sous le président Kayibanda (1961- 1973) ou sous son successeur Habyarimana (1973-1994), le parti unique marginalise les Tutsis qui sont soumis à des violences sporadiques et à une politique de quota dans l’enseignement et l’administration.

En 1990, des exilés tutsis, regroupés dans le Front patriotique rwandais (FPR), entreprennent une offensive militaire à partir de l’Ouganda et occupent une partie du Nord du pays. Le régime  d’Habyarimana reçoit le soutien militaire de la France et, grâce à elle, repousse le FPR. Malgré l’amitié du roi Baudouin pour le président rwandais, la Belgique, après l’envoi puis le retrait de troupes envoyées dans l’urgence, adopte une politique plus réservée tout en maintenant une coopération militaire avec le régime. Celui-ci est menacé par le FPR et par un mouvement de démocratisation qui touche l’Afrique dans la foulée de la chute du mur de Berlin. Il réagit par une fuite en avant en préparant le génocide des Tutsis, à travers la création d’une radio de propagande raciste (radio télévision des mille collines ou RTLM), la création de milices paramilitaires, l’importation de milliers de machettes, et qualifie les Tutsis d’ennemis, usant d’un vocabulaire – «les cancrelats» – qui rappelle l’idéologie nazie. Une mission des Nations Unies (MINUAR) est déployée, dans laquelle le contingent belge joue un rôle majeur.

L’ONU, la Belgique, la France et les États-Unis recueillent des dizaines de signaux annonciateurs d’un massacre à grande échelle mais s’en tiennent à une politique de «neutralité». Dans ce qui constitue sans doute un document inédit dans l’histoire de l’humanité, le général canadien Dallaire, commandant de la MINUAR, mentionne dans un télex un plan visant à tuer mille Tutsis toutes les vingt minutes. Le génocide commence le 7 avril suite à l’assassinat du président Habyarimana – et de celui de dix soldats belges. Aux «barrages» qu’ils installent, les miliciens hutus utilisent la carte d’identité, sur laquelle figure depuis la colonisation belge la mention de l’ethnie, pour décider qui doit vivre et qui doit mourir: tous les Tutsis y compris les femmes et les enfants doivent être exterminés.

Affiche, Qui a tué nos para-commandos?

Choquée par la mort de dix de ses paras, la Belgique mène une intense offensive diplomatique pour obtenir le retrait de la MINUAR, qui sera approuvé par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Les victimes sont abandonnées à leurs bourreaux. C’est finalement l’avancée du FPR qui arrêtera – trop tard pour des centaines de milliers de Tutsis – le génocide, le premier à être reconnu par l’ONU. En 1997, une commission d’enquête parlementaire du Sénat belge conclura à une responsabilité partagée de la Belgique, de la France et de l’ONU. En 2000, le premier ministre Guy Verhofstadt présentera à Kigali les excuses officielles de la Belgique.

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