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1996 L’affaire Dutroux

Après la chute du mur de Berlin, les années 1990 se caractérisent par le développement de la mondialisation des échanges, la montée en puissance de la Chine et de l’Inde, l’apparition du téléphone portable et de l’Internet.

En Belgique, elles sont aussi marquées par une série d’affaires (Dutroux, dioxine, Rwanda, faillite de la Sabena…) qui illustrent les défaillances de l’État.

Marc Dutroux, affaire Julie et Mélissa

C’est surtout «l’affaire Dutroux» qui ébranle les institutions et, à ce titre, elle représente bien davantage qu’un simple fait divers. La découverte, le 17 août 1996, des corps de Julie et Mélissa, puis de ceux d’An et Eefje, la disparition de Loubna Benaïssa, les enlèvements de Sabine Dardenne et de Laetitia Delhez provoquent une émotion énorme et un séisme politique. Des fautes professionnelles graves, une «guerre des polices», une justice perçue comme «inhumaine»: on assiste à une profonde crise de légitimité de l’État et de la classe politique. «Dysfonctionnements, estompement de la norme», l’affaire Dutroux devient le révélateur d’une «Belgique malade de son système» comme l’évoque le titre d’un livre de l’époque.

Une gigantesque marche blanche rassemble trois cent mille personnes dans les rues de Bruxelles. Après un long moment de flottement, le premier ministre Jean-Luc Dehaene reçoit les parents des victimes, promet des réformes de la justice et de la police et la création d’un centre pour enfants disparus. Une commission d’enquête parlementaire est mise en place, présidée par le libéral flamand Marc Verwilghen, qui devient l’homme politique le plus populaire du pays. Pourtant, après seize mois de travaux, la montagne accouche d’une souris. Aucune sanction n’est prise et seul un ancien ministre de la justice est blâmé pour la libération anticipée de Marc Dutroux.

Les parents des victimes refusent de prendre la tête d’un mouvement politique et en appellent à la retenue, tandis que les «comités blancs» de citoyens qui se sont créés un peu partout perdent rapidement toute influence. Le gouvernement a surmonté la crise politique, mais l’affaire laisse des traces. En 1998, Marc Dutroux s’évade pendant quelques heures, entraînant la démission de deux ministres. Quelques semaines avant les élections de 1999, la crise de la dioxine (une contamination massive de volailles) rappelle, dans le domaine de la santé publique cette fois, les défaillances de la gestion publique.

1996: Découverte des corps de Julie et Mélissa

Ces affaires sont révélatrices de la préoccupation croissante de l’opinion à des questions négligées par le politique: la pédophilie, la maltraitance enfantine et la santé, mais aussi la protection du consommateur et de l’environnement. Elles seront fatales à Jean-Luc Dehaene et à son parti, qui perdent les élections législatives de 1999. C’est une coalition «arc-en-ciel», composée des socialistes, des libéraux et des écologistes, qui renvoie pour la première fois depuis 1954 les sociaux- chrétiens – CVP et PSC – dans l’opposition. À l’exception d’une coalition socialiste-libérale entre 1954 et 1958, les sociaux-chrétiens ont été de tous les gouvernements d’après-guerre, soit avec les socialistes, soit avec les libéraux, à tel point que l’Etat belge a parfois été identifié au CVP («l’État CVP»), le premier parti de Belgique.

Sous le mandat de Jean-Luc Dehaene, majorité et opposition ont décidé une profonde réforme des polices qui sera menée sous son successeur Guy Verhofstadt. La police et la gendarmerie disparaissent et sont remplacées par des polices locales et fédérale. Cette réforme, le procès de Marc Dutroux à Arlon en 2004 ainsi qu’une réforme plus modeste du droit pénal accordant une plus large place aux victimes, constituent l’épilogue politique et judiciaire d’un fait divers qui s’est transformé en crise politique.

  2017  /  50 dates-clés  /  Last Updated mars 28, 2018 by admin4213  /